LA BOUCHE FEMININE CHEZ LES PEINTRES SURREALISTES : sujet de réflexion par Margaux S.

Posté le 18 juillet 2011 par imaginairescreatifs dans *Dessin, Peinture, Sculpture, coups de coeur

 

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Philippe Soupault, co-fondateur du surréalisme avec André Breton, a dit avoir eu la révélation de la poésie lorsqu’en lisant un poème de Guillaume Apollinaire, il tombe sur ces vers « Ta langue, le poisson rouge dans le bocal de ta voix » (« Fusée – signal », dans Calligrammes (Apollinaire, 1918). Repris dans Œuvres Poétiques (Apollinaire, 1965). Finalement c’est Apollinaire qui présente Soupault et Breton en 1917, comme si il présageait la naissance d’un mouvement qui révolutionne l’univers artistique dès les années 1920 et qui dure jusque dans les années 1970.

 

C’est le « Manifeste au surréalisme » d’André Breton, publié en 1924, qui instaure le caractère novateur d’un mouvement qui a pour particularité de créer sans le contrôle de la raison, à partir du rêve, de l’imaginaire et de l’inconscient de chacun. Les toiles comme la littérature mêlent le figuratif et l’abstrait pour décloisonner le langage des entraves à la morale, tout en libérant l’artiste du contrôle de la raison. En d’autres mots, nous pourrions qualifier le surréalisme tel une manière d’être, une manière de penser et une manière d’expérimenter. C’est un moyen d’expression qui se veut également révolutionnaire en œuvrant en toutes circonstances pour la poésie, l’amour et la liberté. Parmi les peintres qui marquent le surréalisme, on peut citer par exemple Hans Bellmer, René Magritte, Max Ernst, André Masson, Man Ray, Yves Tanguy, Juan Miro, Francis Picabia ou encore Salvador Dali.

 

Les surréalistes cultivent depuis le début un grand intérêt pour la femme. Le groupe est depuis ses origines essentiellement masculin, mais les femmes sont partout, qu’elles soient compagnes, femmes ou maîtresses, elles participent aux réunions et aux activités créatives. Elles sont même peintres ou poètes elles-mêmes, c’est le cas de Dorothea Tanning, Meret Oppenheim, Leonora Carrington, Toyen et Frida Kahlo entre autres. Les peintres eux, soumettent cette fascination dans la représentation d’une image féminine parfois magnifiée, parfois disloquée, mais toujours montrée d’une façon très particulière. Il est donc intéressant de focaliser notre attention sur un détail de la féminité mise en avant chez les peintres surréalistes, nous permettant de mieux comprendre la place et le rôle des femmes dans l’imaginaire du mouvement.

Nous mettrons ainsi au cœur de cette étude la bouche, cette partie du corps qui traduit la féminité par excellence, dans sa forme la plus sensuelle. Ainsi, comment les peintres surréalistes montrent-ils la bouche des femmes ? La représentation est-elle réaliste ou imaginaire, est-elle magnifiée ou au contraire dénaturée ? Analyser toute la peinture surréaliste serait une étude trop générale pour être approfondie, alors que s’arrêter sur une œuvre unique serait trop réducteur et ne parviendrait pas non plus à résoudre notre problématique. C’est pourquoi, il me semble judicieux de faire l’étude de la bouche féminine chez les peintres surréaliste à travers quelques exemples, assez significatifs du mouvement pour faire ressortir les éléments essentiels de l’explication de la représentation. Nous analyserons ainsi à la fois la mise en avant de la bouche comme symbole de sensualité, de sexualité et de féminité absolue, à travers Les Amoureux, le tableau de Man Ray (A l’heure de l’observatoire, les Amoureux (1934), Man Ray. Huile sur toile 100 x 250, 4 cm). Ceci nous amènera ensuite à saisir la bouche comme objet et comme moyen de revendication des grandes injustices, avec Le Viol, de René Magritte (Le Viol (1934), René Magritte. Huile sur toile, 25 x 18 cm, Collection, Galerie Isy Brachot, Bruxelles – Paris). Enfin, nous étudierons la représentation de la bouche chez les surréalistes dans la thématique du silence, à travers la contradiction de l’absence de bouche, c’est le cas pour la toile nommée Le Rêve, de Salvador Dali (Le Rêve (1931), Salvador Dali. Huile sur toile, 96 x 96 cm. The Cleveland Museum Of Art, Cleveland, John L. Severance Fund).

 

*

 

Man Ray, « l’homme lumière » est un artiste américain, d’abord peintre jusqu’à ce qu’il se dirige vers la photographie qui au départ devait immortaliser ses œuvres. C’est en 1921 qu’il rencontre les surréalistes à Paris et qu’il devient au sein du mouvement chroniqueur et portraitiste. Lorsqu’il peint Les Amoureux, Man Ray représente l’amour et les lèvres féminines comme deux corps enlacés flottants dans le ciel. Le décor est constitué par un ciel clair et une ligne d’horizon sombre qui mettent en perspective l’immense bouche, donnant une impression de relief et de contraste, dans la densité de la couleur. Ici la bouche est sublimée, elle est comme bercée par l’atmosphère qui l’entoure et inspire l’amour, la passion, le désir.

Cette bouche, d’un rouge vif, est un hommage à la femme et à la féminité, indispensable à l’homme. Tout au long de son travail, de photographe en particulier, Man Ray n’aura de cesse de sublimer la femme. Toujours mise en valeur par du maquillage et par des poses laissant s’évader les plus beaux fantasmes de l’artiste. Sublimer la femme, Man Ray s’y connait d’autant plus qu’il exerce à Paris comme photographe de mode pour le magazine Vogue. On peut associer le travail de Man Ray à celui de Pierre Molinier, ce peintre, poète et photographe qui entre dans le mouvement en 1951. Dans ses tableaux érotiques, ses photo-montages, Molinier laisse s’exprimer une fascination absolue pour la femme et un fétichisme pour les jambes, souvent entrelacées. Les deux artistes glorifient la femme fatale passionnée et aiment montrer leur bouche voluptueuse (Par exemple : Comtesse Midralgar (1950), Pierre Molinier. 80 x 66 cm, Technique mixte sur papier marouflé sur toile). Certains peintres surréalistes traduisent ainsi le fantasme et l’œil que le peintre pose sur la femme qui est ici magnifiée. La bouche des Amoureux est restée comme un tableau faisant l’éloge de l’amour et du désir qui flotte tout autour de nous comme pouvant advenir à tout moment. Mais cette représentation de la femme reste finalement très rare dans l’esprit des peintres surréaliste qui préfèrent la complexité autour du revers de la féminité : ses contradictions et ses douleurs.

 

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René Magritte et sa peinture sont influencés par le cubisme et le futurisme. L’artiste se laisse peu à peu gagner par l’esprit dada de ses amis poètes à Bruxelles avant de participer à Paris aux travaux surréalistes. C’est à ce moment, après avoir exposé au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, que Magritte se met à peindre une série de tableau très polémique et Le Viol, est ainsi dessiné en 1934, pour la couverture de Qu’est ce que le surréalisme d’André Breton (Qu’est-ce que le Surréalisme ? (1934), d’André Breton. Paru aux éditions Actual, dernière parution en 1986). Dans ses œuvres, le peintre a pour habitude de représenter la femme toute en couleurs, parfois disloquée, mettant en avant une complexité laissant à penser. Il semble que pour Le Viol, il y ai un réel parti pris. Celui d’une femme qu’il montre par son visage, où le regard et la bouche ont été remplacés par les attributs intimes que sont la poitrine et le sexe.

On peut se demander pourquoi Magritte représente-t-il un tel portrait, qui de prime abord semble la représentation d’une jeune femme, belle et occidentale et qui finalement devient le produit du machisme pervers, comme si la vision sur l’œuvre n’était orientée que vers un unique objectif : montrer l’intrusion du regard dans l’intimité féminine d’une façon réelle, malsaine et réductrice. Cette vision traumatique de la femme tel un corps nu dans un visage nous interpèle : la bouche, qui ici est signifiée par la partie la plus intime de la femme revêt un symbole et signifie le fait que le viol se fait aussi bien par le regard, celui du spectateur, laissé à interpréter librement la toile. On peut imaginer que Magritte dénonce ainsi la soumission intangible de la femme face à l’homme, défendant alors la beauté féminine comme précieuse et plus subtile qu’une simple perception de la « femme-objet ». Cette revendication correspond bien aux principes du mouvement, car les surréalistes ont souvent défendu les femmes dans l’injustice, qu’elles soient révolutionnaires ou criminelles.

C’est le cas de Violette Nozières qui dans les années 30 est accusée du meurtre de ses parents. Les surréalistes la portent alors comme muse, écrivent des poèmes et peignent des tableaux en son honneur (Le mouvement surréaliste signe un ouvrage collectif nommé « Violette Nozière » en 1933. Les signataires sont André Breton, René Char, Paul Eluard, Maurice Henri, Mesens, Benjamin Péret, Salvador Dali, Yves Tanguy, Max Ernst, Victor Brauner, René Magritte, Hans Arp et Alberto Giacometti). Cette vision de la femme comme objet est un moteur pour ces peintres qui aiment traduire des idées dans l’absurde. Magritte disait « Plus l’image des choses est réaliste, plus elle se substitue à la réalité, et partant devient absolument insolite ». Ainsi, il y a chez les surréalistes des peintres réalistes, mais aussi des peintres qui poussent l’imaginaire à l’extrême. Eux, reprennent les symboles et se jouent des codes esthétiques pour réinventer un monde à part, un monde où la femme peut apparaître sous ses aspects les plus divers.

 

L’espagnol Salvador Dali découvre l’interprétation des rêves de Freud et les surréalistes français en 1921. Puis les rencontres picturales avec Magritte et De Chirico libèrent son goût pour l’outrance et l’irréel. Gala Eluard, la femme qu’il rencontre en 1929 bouleverse sa vie et devient son modèle, sa muse. Dans l’œuvre très complexe de Dali, la féminité est sombre : souvent mutilée, comme dans Prémonition de la Guerre civile (1936), bâillonnée ou montrée comme symbole de la mort. La femme est présentée tantôt influente (par ses charmes, sa grande taille). On peut citer le Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade une seconde avant l’éveil (1944), de Salvador Dali. Tantôt influencée par ses faiblesses (ses désirs), comme à travers Le Grand Masturbateur (1929). Mais ici, le peintre montre Le Rêve et le fait d’une manière très énigmatique. Au centre de ce rêve, un buste de femme s’impose au premier plan. Cette femme est endormie et flotte dans l’inconscient qui semble le sien. Plus loin, on aperçoit d’autres personnes, surement des hommes, ainsi que des bustes et des colonnes grecques faisant référence à la beauté antique, modèle de l’esthétique.

Qu’en est-il de la bouche de la femme ? Dali la met en avant dans son absence et dans le fait qu’elle soit condamnée, comme un mystère au cœur de son œuvre. C’est pour lui, une manière de représenter le rêve comme quelque chose que l’on tait, quelque chose que l’on ne peut pas avouer, une partie de l’inconscient que l’on ne doit pas dévoiler. La toile renvoie aussi à une image de la femme, qui là est nue, qui rêve et qui vit sans pouvoir exprimer ses sentiments, voire même ses propres fantasme. On retrouve la même absence de bouche chez un mannequin qu’André Masson transforme (Mannequin présenté par André Masson et d’autres surréalistes à l’Exposition Internationale du Surréalisme, à Paris, en 1938) : elle porte une cage sur la tête, où les poissons volent, une pensée lui pousse dans la bouche qui elle est bâillonnée. Dali et Masson représentent la bouche bâillonnée, mais expriment deux choses différentes. L’un montre ce qui ne doit pas être dit, ce qu’une femme doit taire ; l’autre développe l’idée que même si la bouche est condamnée, cela n’empêche pas la pensée, voire l’intelligence. Dans les deux cas, les peintres mettent en avant la femme dans sa récente émancipation, avec toutes les contradictions que cela soulève, les thématiques de la force de la beauté, du silence qui fait office de faiblesse.

 

*

 

Pour conclure, on peut avancer l’idée qu’à travers ces trois exemples très différents de la représentation de la bouche féminine dans la peinture surréaliste, il y a la volonté commune de mettre en avant le corps de la femme, incitant à la réflexion du spectateur. La bouche , réaliste ou réinventée, correspond bien à la particularité du mouvement : intégrer et montrer à travers la création artistique une réalité imaginaire. C’est ce qui fait l’originalité des surréalistes, et ici celle des peintres, qui se réapproprient les codes de la beauté esthétique pour les mettre au service du rêve, de la fantaisie et des grandes causes.

 

Les œuvres de Man Ray, Magritte et Dali présentées de façon successive traduisent aussi une évolution de la féminité et de la condition féminine à l’époque. En effet, le culte de la femme et sa présence dans le mouvement marquent un début d’émancipation qui progresse depuis la première Guerre Mondiale. Ils reconnaissent tous à leur manière leur beauté, leur intelligence et font de la femme un moteur de fascination, un idéal. La femme chez le surréaliste est inspiratrice, égérie, chimère et fait émerger chez le peintre une grande part de mystère non résolu. C’est ce qui guide ces créateurs dans leurs interrogations autour de la représentation de la femme, qui est en poésie un objet de dévotion et en peinture, un objet de métamorphoses insolites.

 

La bouche en particulier est ainsi souvent mise en avant comme symbole de l’érotisme, qui pour les surréalistes correspond à l’idéal de la liberté sexuelle contre les relations de couple conventionnelles. Ils aiment traiter cet érotisme avec impudeur et provocation, dans la glorification de l’amour, qui lui aussi est un moteur du rêve. Man Ray sera l’un des premier à érotiser le corps qu’il montre nu, même si le public des années 30 n’est pas encore tout à fait près à l’accepter. C’est cette liberté d’expression et de pensée, fil conducteur chez les surréalistes, qui restera malgré tout dans l’inconscient collectif comme initiateur d’une révolution artistique et esthétique. Lorsque dans leurs peintures, ils libèrent la femme de tous ses interdits, ils anticipent déjà sur une libération sexuelle qui aura lieu bien plus tard et qui sera généralisée par le mouvement de Mai 1968.

 

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2 Commentaires le “LA BOUCHE FEMININE CHEZ LES PEINTRES SURREALISTES : sujet de réflexion par Margaux S.”

  1. michko

    Bonjour
    une erreur s’est glissée dans votre page. le tableau A l’heure de l’observatoire-Amoureux n’est pas de Magritte mais de Man ray

  2. david

    Bonjour,
    Oui, d’ailleurs Man Ray était peintre avant de devenir photographe, mais c’est quand même une photo de la jolie bouche de lee qui est à l’origine de tout ça ! Magritte lui il peint un baiser sans montrer ni de bouche, ni de lèvres : les amants ! et c’est vrai un sexe à un autre moment …

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