SEBASTIEN TELLIER EST-IL MEDIATIQUEMENT UN GENIE DE LA CONTROVERSE ? Sujet de réflexion par Margaux S.

Posté le 18 juillet 2011 par imaginairescreatifs dans *Musique

333.jpg    » Le génie, c’est d’avoir du talent tout le temps ; le talent, c’est d’avoir du génie de temps à autre : l’intelligence, c’est de savoir que l’on n’a ni génie, ni talent « . Cette phrase de Philippe Bouvard caractérise bien un artiste aussi énigmatique que Sébastien Tellier.

 

Cet auteur, compositeur et chanteur nous passionne par la curiosité d’un personnage médiatique atypique. Finalement peu médiatisée, son image est néanmoins contrôlée pour créer, comme toute production artistique contemporaine, la réflexion positive ou négative.

 

A travers des vidéoclips parodiques et intrigants, une présentation douteuse et des événements contestés, Sébastien Tellier a toujours su imposer son image en dépit des critiques. D’une façon très particulière, il développe un style qui n’appartient qu’à son personnage et qui entre souvent en contradiction avec son milieu social d’origine. Dans sa vie comme dans son œuvre, il entreprend ainsi un détachement permanent à sa position, mais d’une façon très ambiguë.

 

Par conséquent, c’est une curieuse aventure artistique que nous étudierons à travers l’image et la représentation médiatique de Sébastien Tellier. Est-il un génie de la controverse ? Cette controverse vient-elle de sa création ou de la maîtrise de son image à travers les médias ?

 

Pour répondre à cette question, nous interrogerons d’abord la biographie de Sébastien Tellier. Les éléments fondateurs de sa position sociale nous permettrons ensuite de mettre en avant, à travers des interviews choisies, les influences à la fois sur l’œuvre musicale et sur l’image médiatique du chanteur, deux éléments distincts dans notre réflexion.

 


 

 f793981.jpg

 

Qui est Sébastien Tellier et pourquoi nous interpelle-t-il ?

 

 

Né à Paris en 1975, le petit Sébastien tombe dans la musique très tôt. Son père guitariste, qui joue notamment avec le groupe de rock français Magma, lui offre un nouvel instrument de musique tous les Noëls. Il est élevé au sein d’un milieu instruit et plutôt aisé car ses parents lui achètent à l’âge de 17 ans un appartement dans le 17e arrondissement de Paris.

 

Sébastien est pourtant un adolescent et un adulte assez mal dans sa peau et il ne s’en cache pas aujourd’hui. Il révèle lors d’interviews un séjour en hôpital psychiatrique visant à soigner son penchant pour l’alcool. L’artiste tourmenté semble donc déjà entrer en contradiction avec le milieu qui l’a vu naître.

 

Même s’il prolonge la carrière de son père il tend à se détacher des outils hégémoniques qu’il détient. Par son physique d’abord. Il joue des contradictions en étant beau, élancé et toujours très élégant dans sa manière de s’habiller (il est souvent vêtit d’un costume), mais il porte pourtant de grosses lunettes noires qui masquent habituellement ses yeux ainsi qu’une barbe fournie – l’apparence d’un sage et d’un fou à la fois – et des cheveux longs négligés qui retombent sur son visage.  Tous ces éléments de sa présentation physique lors d’interviews ou de prestations (on voit son visage sur la pochette de ses disques) restent énigmatiques et constitutifs de son personnage.

 

Alors que les outils pouvant asseoir sa domination étaient acquis, sa posture de jeune parisien aisé et instruit, son physique avantageux et sa posture, le chanteur choisit plutôt la voie de la marginalité musicale. C’est pourquoi on aime son style underground, que l’on attribue tantôt à l’électro qu’à la pop music, mais toujours guidé par la fantaisie.

 

Visant une musique à la fois poétique et burlesque, Sébastien Tellier veut jouer sur tous les tableaux et se définit lui-même comme un « petit capricieux de merde » (Phrase qu’il prononce lors de l’interview réalisée par Musicorama Tv). Influencé par d’autres artistes comme The Beach Boys, Serge Gainsbourg et Christophe, il débute sa carrière avec L’Incroyable Vérité sorti en 2001 grâce à Record Makers, un label fondé à l’origine par le groupe Air, qui le laisse géré sa carrière d’une façon indépendante. Pendant ce temps, il assure la première partie du groupe lors de sa tournée aux Etats-Unis. Cela lui permet de perfectionner son anglais, une langue qu’il pratique tout comme l’espagnol, l’allemand et l’italien.

 

Fantino, un morceau issu de l’album est choisi pour faire partie du film de Sofia Coppola, Lost In Translation. Sans doute par son talent et son originalité, Sébastien Tellier est à cette époque déjà bien intégré aux réseaux artistiques du cinéma et de la chanson. En 2004, il réalise la bande originale du film Narco. Au même moment son deuxième album Politics est ovationné par les critiques et, le titre La Ritournelle révèle le chanteur aux yeux du grand public.

 

Un album nommé Sessions (2006), plus mature que les précédents poursuit sa carrière, tout comme la composition de la bande originale du film Steak. Enfin, il y a Sexuality (2008), un opus basé sur l’expérience de la musicalité érotique, qui fait émerger la douceur et les fascinations de l’artiste. Comme marque de reconnaissance ultime, c’est un membre du groupe Daft Punk, Guy-Manuel de Homem Christo qui assure la production acoustique du disque. Sa compagne actuelle (La jeune actrice de cinéma française Amandine de La Richardière) prête même sa voix aux moments d’orgasmes musicaux de certaines chansons. Lors de cette même année 2008, une chanson de l’album baptisée Divine est choisie pour représenter la France à l’Eurovision.

c5a0b250365d1dff817a9e54c6572.jpg

Aujourd’hui, dix ans se sont écoulés depuis le début de sa carrière, qui compte trois albums originaux, des musiques de films, des best of, des reprises et dernièrement il nous offre l’album Love Songs (2011). Autant de créations qui ont construit l’image de l’artiste, toujours plus controversée et tendance.

 

En 2008, il créé la polémique lorsque France 3 le sélectionne pour symboliser la France au concours européen de l’Eurovision, à Belgrade en Serbie. Sa chanson Divine, issue de Sexuality est interprétée en anglais ce qui a choqué le député UMP de l’Oise François-Michel Gonnot. Idem pour un autre député UMP Jacques Myard qui a souhaité que le directeur de France Télévisions « révise son choix ». Cette polémique faisant toujours plus émerger la popularité contestée du chanteur, s’appuit sur le principe d’une identité nationale bafouée par une chanson écrite en anglais. Or remanier la chanson et interférer dans le choix pris par la direction de l’antenne publique aurait dénué l’artiste de sa créativité. Pour atténuer l’affaire, il convertit toutefois quelques paroles en français lors de sa prestation. Ainsi, même s’il n’obtient que la 19ème place sur 25, sa performanceplaisante a su allier le comique et le spectaculaire. Entouré par une brochette de choristes déguisées à son image, Sébastien Tellier arrive sur scène dans une petite voiture aux couleurs de la France et tient un globe dans la main. Pendant la chanson, il aspire l’hélium du ballon pour chanter plus aigu. Insolite ! Tout comme ses concerts, où il s’amuse à interpréter ses chansons, tout en fumant par le nez une cigarette.

29492231.jpg

 

Ainsi comment peut-on appréhender l’image médiatique constituée autour de Sébastien Tellier, un chanteur autant adulé pour son originalité, que contesté pour ses extravagances ?

 

Les chansons tout comme les interviews peuvent éclairer l’évolution et les tensions autour de cette image médiatique controversée. C’est pourquoi nous zoomerons sur l’année 2008 dans la carrière de Sébastien Tellier : son album, sa promotion lors d’interviews et la polémique suscitée par sa prestation au concours de l’Eurovision.

 

Ses vidéoclips décalés et sensuels nous permettent de nous imprégner du personnage. Mais cette image volontairement construite autour du personnage est-elle conforme à l’image médiatique véhiculée, plus souvent imposée par les médias ? Cette question nous permettra, à travers des interviews qui assurent la promotion de ce disque, de mettre en relation puis de comparer l’image médiatique du chanteur dévoilée par sa production musicale et par la manière dont il la développe auprès des médias. De fait, l’artiste réalise peu d’interviews pour la télévision « grand public », c’est pourquoi nous avons choisi des interviews réalisées à partir des sites Internet VirginMéga.fr et Musicorama Tv. Nous avons tout de même relevé deux interviews télévisées : la première est issue de l’émission de Laurent Ruquier sur France2 « On n’est pas couchés » du 19 avril 2008, la seconde sur ARTE à l’occasion de sa prestation au Festival Le Printemps de Bourges, le festival de musiques actuelles qui a eu lieu du 15 au 20 avril 2008.

 

En comparant et en décortiquant les images et leur contenu, nous tenterons de saisir le message de l’artiste dégagé à travers sa représentation médiatique. Comment le personnage apparaît-il et son discours est-il cohérent dans les vidéoclips, comme dans les interviews ? Cette mise en exergue des contradictions du personnage nous renseignera sûrement sur l’origine de la controverse dont il est l’objet.

 

 sebastientellier01.jpg

 

Analyser l’évolution de l’image médiatique du personnage

 

 

En 2008, Sébastien Tellier fait le pari osé d’écrire des mélodies riches de sensualité et de sexualité. Moins engagé que précédemment, l’artiste livre enfin ses sentiments et réalise un album qu’il justifie comme un moyen de « faire l’amour ». Sexuality comporte des chansons en anglais mais aussi en français, censées parler à tout le monde. Il reste dans la lignée du personnage qui, même s’il est peu visible transmet son histoire et sa propre vision de l’amour d’une manière introspective.

 

Malgré une apparence vestimentaire soignée, le personnage Sébastien Tellier se joue des codes issus de son milieu social d’origine, ce qui est clairement visible dans ses clips. En effet, le fait qu’il soit un homme blanc est finalement un atout volontairement masqué. Par un déguisement symbolique d’une part : la barbe et les lunettes lui permettent de se forger une identité propre, accordant une reconnaissance immédiate de son personnage (même si on l’associe souvent au joueur de rugby Sébastien Chabal). Cet accoutrement nous fait par la suite penser à un détachement, une mise à distance non pas envers son public, car il reste très naturel et accessible, mais plutôt envers son milieu. Il néglige partiellement son look pour qu’il soit difficile de l’associer à l’environnement que représente le milieu parisien branché, ce qui artistiquement est peu acceptable par souci de cohérence.

 

Ce désir de marginalité est toutefois ambigu car il côtoie ce milieu et ne cache pas ses origines. Simplement il aime jouer de son apparence, pour transgresser les règles du politiquement correct. Le thème de cet album en dit d’ailleurs beaucoup sur la question, tout comme les clips à la fois parodiques et surréalistes, mais aussi drôles, sensuels et profonds. L’artiste ne cache pas sa part d’autobiographie et nous révèle ses fantasmes tout en évoquant ses premières relations. Les deux chansons Roche et Look par exemple sont des clips très différents mais toujours provocants. Look, c’est une paire de fesses féminines joliment dessinées et animées, qui se balancent en gros plan, durant toute la durée de la chanson. Les fesses tantôt naturelles et nues, tantôt fétichistes et habillés sont une manière pour l’artiste de faire l’association entre le look vestimentaire et le regard masculin un peu pervers (« look » en anglais), centré ici sur le postérieur féminin. Selon le look des filles, on peut également percevoir leur part de sexualité. Plus qu’un clip libidineux, cette chanson nous montre la beauté féminine sous un angle nouveau. Cette beauté, l’artiste en fait ses premières expériences sur les plages de Biarritz. Le clip de la chanson Roche en est un hommage. Il met en évidence les femmes, le soleil, les plages désertes et l’ambiance chaude de l’été.

 

Ce qui est très intéressant et révélateur de la grande fantaisie de S. Tellier est la manière dont le clip est tourné et les éléments auxquels il fait référence. La vidéo est surréaliste (les filles changent de couleur de peau et sont peintes en bleu) et fait un clin d’oeil au tableau du peintre et photographe dadaïste et surréaliste américain Man Ray. De plus, Sébastien Tellier y figure, il est vêtu d’un costume blanc assorti au sublime piano sur lequel il joue (il y met le feu à la fin de la chanson, sans doute voulait-il symboliser un feu de camps au bord de la plage). Tous ces symboles hégémoniques d’une culture intellectuelle acquise participent à instaurer une image controversée.  Ils sont toujours présents mais pas de la façon dont on s’y attend.

 

Les femmes sont au cœur des chansons qui semblent plutôt cohérentes les unes entre elles au sein de l’album. La chanson Sexual Sportwear sublime la féminité. Son clip éclipse totalement l’artiste et laisse entrevoir par un jeu de lumière et une danse érotique, des formes charnelles. Le chanteur définit ici le vêtement de sport (en particulier le « petit short en mousse ») comme le comble de l’attirance sexuelle pour un homme, voire même comme le vêtement qui serait à l’origine de tout rapport sexuel et donc de l’humanité.

 

bild21500x396.png  Comme dans l’ensemble de l’album, Sébastien Tellier brouille les pistes et associe des éléments contradictoires : la sensualité est tantôt magnifiée et sérieuse, tantôt burlesque voire carrément parodiée. C’est le cas de la chanson Kilometer dont le clip place le chanteur au cœur d’une orgie de femmes se réveillant après une soirée arrosée. Sébastien Tellier est l’unique homme dominant autour duquel les filles se trémoussent.

 

Ici, la soirée riche d’extravagances est une parodie des soirées « bling bling » et de la publicité (voir photo ci-contre) : on y mange des hot-dogs avec des couverts en plastique, on revendique le côté kitsch jusqu’au tatouage de certaines à l’effigie du chanteur. Ainsi dans certains clips, l’artiste pourtant reconnu s’illustre avec peu de moyens et dans la simplicité. C’est la subjection qui est importante tout comme les mélodies, au détriment du grandiose. C’est le décalage permanent entre sa position de chanteur reconnu d’apparence bourgeois bohème avec son côté provocant et marginal allié à son talent, qui fabriquent autour de lui une brillante controverse. Au cœur de cette production musicale originale – il est rare de faire des chansons entièrement axées sur la sexualité – on peut percevoir une faculté à sans cesse associer des éléments contradictoires dans le but de créer un équilibre.

 

Quelque peu mise à l’écart de l’album, on relève la chanson Divine (choisie pour l’Eurovision), dont le clip concilie simplicité et ridicule. L’élément qui est intéressant est le passage successif du micro à de nombreux clones de Sébastien Tellier, tous munis d’une barbe et de lunettes noires. Des grands, des maigres, des gros, des noirs sont autant de personnes différentes qui se glissent dans la peau de l’artiste le temps du clip. Finalement on ne sait pas vraiment si le chanteur est parmi eux, mais le but n’est pas là. Le sens de cette chanson c’est l’universalité des sentiments amoureux qui pénètrent chacun de nous, l’uniformité des personnages qui sont néanmoins différents et l’effacement de l’artiste qui est toutefois présent par des symboles qui le définissent. Nous pourrions même dire que l’artiste remet en cause son hégémonie et la prédominance de sa « blanchité ». Cette altérité est souvent au cœur de la musique « faite pour planer », pour être écoutée au coucher de soleil ou en road trip, mais toujours pour faire plaisir à tous.

Le chanteur fait à la fois partie d’une culture hégémonique blanche d’où il est issu tout en essayant de s’y détacher (par un look singulier), mais d’une façon ambiguë (il fait partie d’un milieu musical underground qui reste parisien, donc branché).

 

sebastientellier.jpg  De cette hégémonie qui se reconfigure en permanence, l’artiste aime faire émerger la controverse qui sans cesse le remet en question.

L’album s’achève enfin sur une touche plus triste mais commune : la tristesse en amour. Une fois encore, le chanteur est absent du clip L’Amour et la Violence, qui laisse place à un couple déchiré après une rupture. La chanson révèle la solitude en amour et clôt le chapitre Sexuality sur une note de profondeur. Finalement, la sexualité mise en musique par Sébastien Tellier n’est pas seulement légère, drôle et charnelle, elle est aussi violente dans sa force et dans son intensité.

 

Ainsi, nous pouvons aisément classer Sébastien Tellier, à travers Sexuality (mais aussi dans l’ensemble de sa carrière), comme un artiste complet qui aime mélanger les styles sur fond de sophistication et de facilité des notes. Influencé par les années 70 qui l’ont vu naître, le chanteur entretient son côté kitsch mais aussi une carrure particulière, à la fois chic et marginale. Ce côté controversé mais souvent lissé, en constante proximité avec la polémique, peut rapprocher Sébastien Tellier d’un autre artiste comme Philippe Katerinepar exemple. Ils sont tous les deux blancs, musiciens et jouent des codes sociaux acquis pour créer musicalement dans la provocation et la décadence. Même s’ils sont très différents, on associe souvent leurs fantaisies musicales et leurs extravagances. Néanmoins, Sébastien Tellier reste plus marginal et revendique des messages différents, axés sur un professionnalisme assidu. On retrouve par conséquent ce côté bosseur associé à une décontraction, ce côté profond allié à la légèreté tout comme un aspect bobo en marge. Autant d’éléments qui argumentent la contradiction autour d’un chanteur médiatiquement controversé. Justement, au-delà de l’image artistique véhiculée par la production musicale de l’artiste, l’image médiatique de Sébastien Tellier est-elle liée à cette controverse ?

 

Pour répondre à cette question nous avons sélectionné plusieurs interviews accordées par l’artiste en 2008, dans le cadre de la promotion de son album. On l’interroge autant sur le fond de son nouveau disque que sur le caractère dissimulé et mystérieux de son personnage.

 

Ainsi, comment véhicule-t-il son image auprès des médias ? Est-elle contrôlée par l’artiste et conforme à l’album ? De toute évidence, Sébastien Tellier impose un style qui lui est propre et tente d’être fidèle à son personnage lors des interviews. Physiquement, il est se présente exactement comme dans ses clips, cheveux lui cachant le visage et grosses lunettes. La plupart du temps il fume des cigarettes, mais il lui arrive aussi de fumer autre chose : lors de l’interview pour VirginMéga.fr, l’artiste fume un joint. Il essaye de s’en cacher mais cela est clairement visible. Cet élément introduit le côté en marge du personnage qui dit lui-même apprécier la « rébellion », qui est le moteur de sa créativité. Son talent il ne l’explique pas, il préfère théoriser ses chansons pour contrebalancer la simplicité de son album. Cela il l’explique dans l’interview pour VirginMega.fr, une web-tv plus underground que grand public, même si l’entreprise Virgin est internationale. Il revendique à travers Sexuality un hédonisme mitigé qu’il faut lier à une profondeur, c’est pourquoi le chanteur se confond dans des explications sans réellement donner son point de vue. En restant évasif, il brouille toujours les pistes tout en répondant sagement. Contrairement à ses clips, les interviews font émerger la complexité du personnage qui entre parfois dans les détails de sa vie privée. C’est à ce moment que l’on mesure toute la réflexion et le travail nécessaires pour produire un album finalement si léger et simple. Encore une fois, la controverse est présente. Malgré le caractère quelque peu marginal et repoussant de son personnage, l’homme veut néanmoins paraître accessible et se prête volontiers au jeu des critiques.

 

A travers les représentations de l’image médiatique de l’artiste, on considère les médias autant comme une scène, un lieu d’expression que comme des moteurs, des acteurs de la sphère publique. En étudiant deux types de « médias de masse », une distinction s’impose tout de même : internet, contrairement à la télévision est un lieu où les points de vue s’expriment plus librement de par le caractère plus incontrôlable d’un média participatif et moins formel. Ici il s’agit donc de cerner comment s’organise la diffusion de l’image et des discours médiatiques au sein de ces deux médias qui détiennent leurs propres logiques d’actions dans le domaine de l’industrie culturelle. 

 

sbastientelliertellier13.jpg   Sur l’émission « On n’est pas couché », le chanteur semble toutefois moins dans son élément que sur l’interview réalisée par la web-tv, malgré la critique positive du chroniqueur Eric Nauleau. Lorsque Laurent Ruquier le présente c’est d’une manière plutôt neutre, mais la polémique autour de l’Eurovision est tout de suite omniprésente tout comme le look qui est d’emblée mis en avant : « Que cachent vos lunettes ? » demande-t-il. Cet « effet de style » est finalement approuvé car L. Ruquier qui le félicite en disant « C’est réussit ! ». Pour justifier la polémique sur l’Eurovision, l’artiste défend sa « chansonnette » qui a été écrite bien avant le concours : « Ma carrière n’a pas commencée avec l’Eurovision et heureusement ». Il ne se revendique pas représenter la France car on l’a choisit délibérément parmi d’autres artistes. Lorsque Eric Zemmour parle de l’affaire, il dit à Sébastien Tellier « Vous n’êtes pas responsable » mais défend la position du député en revendiquant une opposition à l’interprétation en anglais de Divine à l’Eurovision. E. Zemmour défend un point de vue extrême du nationalisme traditionnel et parle même de « soumission culturelle », comme si la Culture devait forcément être associée à l’art, qui lui est censé ne répondre à aucune règle sociale prédominante. D’entrée de jeu, E. Zemmour et Tellier ne sont pas sur un même terrain d’entente, même si le chroniqueur semble accepter la justification du choix de Tellier. Ici on voit bien le décalage médiatique qui existe déjà entre les deux interviews : les polémiques sont traitées différemment et l’artiste par conséquent ne se comporte pas de la même manière, car il reste plutôt silencieux sur les propos de E. Zemmour.

 

Le présentateur parle aussi des prestations musicales impressionnantes. Tellier reste évasif et décalé lorsqu’il répond aux questions et on lui coupe fréquemment la parole. Tellement évasif que Ruquier lui demande si « il se fout de sa gueule ». Pour lui l’Eurovision est une « fantaisie » à ne pas obligatoirement associer à l’album Sexuality en lui-même. La deuxième partie de l’émission traite aussi de l’Eurovision : Sébastien Tellier est un « cas » comme un autre, ainsi le concours est source de moqueries. Pour réagir aux propos de Zemmour, Ruquier le traite de « vieux con », car ici il ne s’agit pas de tradition de la langue française bafouée, mais de musique et de sexualité et le propos est bien resitué par Ruquier et Eric Nauleau qui approuvent les fantaisies et le talent de l’artiste. L’artiste quand à lui reste modeste vis-à-vis de son succès. Il préfère s’appuyer sur les choses simples, comme le kitsch et use de son humour lorsqu’il dit « Je regarde la télévision mais éteinte » et Ruquier répond « Vous êtes de toute façon allumé vous-même ». Cette phrase véhicule subtilement une certaine image décadente qui n’est pas contredite par l’artiste qui au contraire acquiesce la note d’humour qui clôt le débat et qui l’empêchera finalement de terminer sa phrase. Fabrice Eboué et Thomas N’Gigol sont présents sur le plateau et se moquent un peu de lui en évoquant sans cesse la drogue pour le caractériser (« dealer », « cocaïne », « t’es plus coolos, t’es alcoolos »). Par conséquent sur cette émission « On n’est pas couché », on saisit bien la difficulté de l’artiste à imposer son image médiatique qui est effacée derrière la vie privée et les déboires de l’artiste constamment mis en avant sur le ton humoristique.

Pour justifier son côté kitsch souvent cité par les journalistes, Tellier sert exactement la même explication sur ARTE que sur l’émission de Laurent Ruquier, « Je pense que la noblesse de demain se créée dans les petites rébellions d’aujourd’hui ». Comme le kitsch est un style qui lui plait et qui n’est pas très respecté artistiquement, il est plus facile de s’en servir. Ce côté introspectif est bien mis en avant pas Musicorama Tv lors de la rencontre avec le chanteur. Ici il se raconte, il est seul à parler dans l’interview et développe une capacité à exprimer le fond de sa musique. Il relève le paradoxe au sein de son personnage et de sa musique. Le personnage est la fantaisie qui vient ajouter du piquant à la musique qui elle est plutôt profonde dans ses textes. L’Eurovision est pour lui une manière de changer d’image, de lui donner un côté plus populaire et d’acquérir une grande visibilité, il nous dit même que c’est pour « faire plaisir à sa famille ».

 

Par conséquent la logique de diffusion de l’image et du discours médiatique de Sébastien Tellier n’est pas le même en fonction des médias. Pour cause, les interviews tirées d’internet mettent l’accent sur le caractère hédoniste et introspectif de l’album en valorisant le talent du chanteur. C’est pourquoi on peut observer la plupart du temps un décalage dans le propos alors que le personnage est plutôt semblable à son image. C’est ici que se place la controverse, dans le fait que l’image de Sébastien Tellier est certes décalée et décadente, mais tout en gardant une part de conformité dans sa représentation. Une médiatisation qui sera plus conforme à la télévision qu’à travers un média comme internet, qui rend possible plus de libertés. La conflictualité qui émerge de la sphère publique est présente au sein même du personnage, plus que la lutte de définition entre mouvements culturels hégémoniques et contre-hégémoniques, car cette personnalité parvient finalement à jouer sur les deux tableaux en étant intégré au milieu dominant mais transgressif à la fois.

 

*

 

Sébastien Tellier que l’on place du côté de l’underground et qui se détache volontairement du milieu social qui l’a vu naître reste ainsi dans le conformisme et dans l’hégémonie. On ne peut guère l’associer à un phénomène de starification mais, le fait est qu’il a aujourd’hui acquit une certaine notoriété qui vient plus de son talent que de sa position hégémonique. Son look et ses extravagances décalées participent au mystère et à la controverse qu’il détient en lui-même et qu’il aime entretenir auprès des médias. De par ce style et le mystère autour de son image qui fascine les médias, Sébastien Tellier garde finalement le contrôle de son image médiatique. Mais lorsque l’on se renseigne sur sa musique, on s’aperçoit que cette image n’est pas inaccessible car, l’artiste se prête volontiers au jeu des questions qui l’emportent parfois très loin dans la réflexion. Et finalement son accoutrement ne change en rien cette proximité qu’il aime entretenir. C’est en cela qu’il est à la fois conformiste et anti-conformiste, sage et allumé, négligé mais bobo chic.

Définitivement, cet artiste est médiatiquement un as de la controverse car il sait entretenir l’ambiguïté en contenant les codes culturels dont il dispose. Il s’en sert même pour aller toujours plus loin dans la provocation, sans être inquiété de la perte de son côté branché. Mais sa force est de ne pas se reposer sur un héritage hégémonique, qui peut dans le milieu musical être éphémère, pour cultiver un goût des jolies musicalités destinées à plaire au plus grand nombre. D’ailleurs, on observe clairement que les médias participent eux-mêmes à la reconfiguration de cette hégémonie blanche dont joue l’artiste pour rediscuter les modèles mis à disposition dans la sphère publique et le classer dans certains domaines de représentation (alors que sa musique est véritablement inclassable). L’évolution de son image médiatique est sur l’ensemble de sa carrière, propre au personnage tout en étant sensible aux contradictions qu’il provoque médiatiquement. Néanmoins cette image varie plus en fonction du public que des médias et Sébastien Tellier reste un artiste attentif et soigné vis-à-vis de la production musicale qu’il propose à ses auditeurs. Par la controverse et la polémique, cet artiste unique en son genre utilise les médias et perturbe les modèles de représentation prédéfinis, en proposant une musique et un personnage décalé mais familier car sympathique : une controverse qui détient les clés du succès.

 

Pour voir les clips:

Album Sexuality (2008) :

Roche : http://bit.ly/s0sFx  /  Kilometer : http://mysp.ac/kVJ3X2  /  Look : http://bit.ly/iCUIa1  /  Divine : http://mysp.ac/mo1Jmz  /  Sexual Sportwear : http://mysp.ac/kzC8t9  /  L’Amour et la Violence : http://bit.ly/m0DrOs

Prestation à l’eurovision à Belgrade en Serbie : Divine.  http://dai.ly/9NWGSV

Les émissions :

Sur « Virgin Mega.fr » : http://dai.ly/ikiZGb

Dans l’émission « On n’est pas couché » de L. Ruquier (19 avril 2008) :

Partie 1 : http://bit.ly/jSfJwF  /  Partie 2 : http://bit.ly/lBxrYJ  /  Partie 3 : http://bit.ly/ivjgQF

Printemps de Bourges (ARTE, 2008) : http://dai.ly/pmrrZ2

Pour « Musicorama Tv » : Partie 1 : http://bit.ly/m4yDwr  /  Partie 2 : http://bit.ly/l0tP3w

 

683.jpg   840ad0b97129bd0b9508a72949c95ad0.jpg   kilometersebastientellier.jpg

 

Un Commentaire le “SEBASTIEN TELLIER EST-IL MEDIATIQUEMENT UN GENIE DE LA CONTROVERSE ? Sujet de réflexion par Margaux S.”

  1. tom

    Enfin une bonne reflexion sur Tellier> Merci Margaux

Répondre

D'autres nouvelles

*Art de rue

JR Art artiste activiste

  Cet expert de l’art « infiltrant », qui s’expose dans les ...

Les pochoirs de Miss Tic

 C’est le moins que l’on puisse dire : cette artiste ...

*Bande dessinée

Ironie et polémique selon Art Spiegelman

 Connaissez-vous ce scénariste et dessinateur de bande dessinée, devenu incontournable ...

Le talent décalé de Gotlib

  Humour, parodie et absurde décalé.. voila quelques mots qui ...

*Cinéma

Des bébés…

Sur une idée originale d’Alain Chabat (qui doit sûrement adorer ...

Bahman Ghobadi ou l’engagement pour la liberté

  Impressionnant ce réalisateur, scénariste, producteur et acteur aussi ! Bahman Ghobadi ...

Pedro Almodovar : l’ambition d’un cinéma anti-conformiste

                Que de belles femmes, que de couleurs, que ...

*Dessin, Peinture, Sculpture

L’ambiguïté politique et artistique des frères Gao

Connaissez vous ces deux artistes activistes chinois, qui jouent des ...

L’Allemagne, fière de la Ruhr, capitale culturelle européenne en 2010

L’année 2010 nous montrera la puissance et le potentiel culturel ...

La monumentalité selon Anish Kapoor

 Surprenant sculpteur du monumental, Anish Kapoor est un artiste britannique, ...

Le gigantesque Ron Mueck

 Artiste contemporain audacieux, il franchit les codes dimentionnels pour troubler ...

I amsterdam !

 Ville de nouvelles ou anciennes tendances artistiques, cité des imaginaires créatifs par ...

*Littérature

Un auteur dans son siècle : Marie N’Diaye

  Auteur et femme accomplie exilée à Berlin, Marie N’Diaye est ...

*Musique

La musique robotisée, vous en avez révé, ils l’ont fait… Les images se passent de commentaires, mais pas de vos réactions.

  Automatisme musical.   Musique robotique par RoboCross.   Qu’est-ce que ça vous ...

Woodstock (1969) : Contre-culture hippie et flower power.

 Sur les petites terres d’un fermier, à quelques kilomètres de ...

Le Beat-Box, ou l’art de faire de la musique avec notre corps.

Boîte à rythme et percussions humaines.. ça fait sourire les ...

Michael revient nous !

Jackson.. qui aurait cru que ce nom entrerait à ce ...

actu journalistique

Dit maman, comment on devient journaliste ?

  Avis aux lecteurs, article fortement engagé sur fond de ...

artistes proches

L’osmose en chansons de Jacob Amsellem

  C’est avec un grand plaisir que je vous donne ...

« Jack » : la plume d’un auteur, la main d’un guitariste…

 … Et je rajouterais la tendresse d’un artiste proche. Et oui, dans ...

Philippe : sculpteur et dessinateur sur fond d’écologie

  Et oui, le premier artiste proche est de la famille. Phil, dans sa ...

coups de coeur

Jeff Dunham : celui qui réveille les Etats-Unis à grands coups de marionnettes

Le plus drôle et le plus talentueux des ventriloques est ...

La BD décalée d’Hélène Bruller

                                                           Je connais depuis un certain temps l’humour complètement décalé ...

édito

Dur Dur de vouloir être journaliste …        

En Art il est question d’actualité, en actualité il est ...

Vous n’avez pas l’impression que dehors tout le  monde s’épie, ...

Paroles d’artistes    » Une oeuvre d’art est un coin de la ...

Bienvenue à tous !

 Pas besoin de me présenter car si vous êtes là, ...

Christophe Dadié au coeur d... |
Titia Créations... |
mes petits papier... Myla |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | huile ou aquarelle
| MAROQUINERIE GAKOU
| La Maga